Microplastiques dans l'eau du robinet : faut-il s'inquiéter ?
Des microplastiques ont été mesurés dans l'eau du robinet comme dans l'eau en bouteille. En 2019, l'OMS a jugé le risque faible aux niveaux observés, tout en soulignant le manque de données. Il n'existe pas encore de limite réglementaire : l'Union européenne a adopté en 2024 une méthode de mesure commune pour préparer leur surveillance.
Les microplastiques sont partout : dans les océans, les sols, l'air et, logiquement, dans l'eau que nous buvons. Le sujet inquiète d'autant plus qu'il touche aussi l'eau en bouteille, longtemps vue comme l'alternative « sûre ». Voici ce que disent réellement les autorités sanitaires, sans minimiser ni dramatiser.
Que sont les microplastiques ?
On appelle microplastiques les particules de plastique de moins de 5 millimètres, et nanoplastiques les plus petites, de l'ordre du micromètre et en dessous. Elles proviennent de la fragmentation de déchets plastiques, de l'usure des pneus et des textiles synthétiques (fibres relâchées au lavage), ou sont fabriquées directement à petite taille. Elles n'ont pas une composition unique : il s'agit de nombreux polymères différents, de formes et de tailles très variées, ce qui rend leur mesure particulièrement difficile.
Y a-t-il des microplastiques dans l'eau du robinet ?
Oui, des microplastiques ont été détectés dans des eaux du robinet et dans des eaux en bouteille. Le rapport de l'Organisation mondiale de la santé publié en 2019 s'appuyait sur une cinquantaine d'études portant sur l'eau potable ou ses ressources en eau douce. Mais il soulignait aussi que la plupart de ces études n'étaient pas pleinement fiables, faute de méthodes d'échantillonnage et d'analyse standardisées : les chiffres d'une étude à l'autre sont difficilement comparables. Les traitements de potabilisation, notamment la filtration, retiennent une grande partie des particules les plus grosses.
Les microplastiques sont-ils dangereux pour la santé ?
En l'état des connaissances, l'OMS a conclu en 2019 que les microplastiques présents dans l'eau potable ne semblent pas présenter de risque pour la santé aux niveaux observés, tout en insistant sur la nécessité d'en savoir plus. Son rapport distinguait trois aspects : les particules elles-mêmes, les substances chimiques qu'elles contiennent ou transportent, et les micro-organismes qui peuvent s'y fixer. Les particules de plus de 150 micromètres sont peu susceptibles d'être absorbées par l'organisme ; les plus petites, dont les nanoplastiques, pourraient l'être davantage, mais les données manquaient pour conclure.
La recherche avance vite sur ce sujet, et l'évaluation pourra évoluer. Le message des autorités reste de ne pas détourner l'attention des risques microbiologiques, qui demeurent le premier enjeu sanitaire de l'eau potable dans le monde.
Existe-t-il une norme pour les microplastiques ?
Pas encore. La directive européenne 2020/2184 sur l'eau potable a prévu une « liste de vigilance » pour les substances préoccupantes et cite explicitement les microplastiques. Pour pouvoir les surveiller de façon comparable, la Commission européenne a adopté le 11 mars 2024 une décision déléguée (UE) 2024/1441 qui fixe une méthode commune de mesure, du prélèvement à l'analyse en laboratoire. C'est une étape préalable : la surveillance se met en place, mais aucune valeur limite contraignante n'est fixée à ce jour.
Eau du robinet ou eau en bouteille : laquelle en contient le moins ?
Rien ne permet d'affirmer que l'eau en bouteille en contienne moins : des microplastiques y ont aussi été détectés, et certains proviendraient de l'emballage lui-même ou du bouchon. Passer à l'eau en bouteille pour éviter les microplastiques n'est donc pas une solution évidente, et elle génère en plus des déchets plastiques qui alimentent le problème à la source.
Peut-on filtrer les microplastiques chez soi ?
Une filtration fine retient une partie des particules, et l'osmose inverse, dont la membrane a des pores extrêmement fins, est la technique domestique la plus efficace sur les plus petites. Les filtres à charbon actif et à sédiments retiennent surtout les particules les plus grosses, selon la finesse de leur maille. Comme pour tout traitement, vérifiez les données d'essai publiées par le fabricant et respectez l'entretien : un filtre encrassé perd en efficacité. Gardez aussi en tête que l'eau n'est qu'une source d'exposition parmi d'autres, au côté de l'alimentation et de l'air intérieur. Retrouvez les autres paramètres de l'eau sur notre page qualité de l'eau et notre dossier sur les PFAS.
D'où viennent les microplastiques présents dans l'eau ?
Ils arrivent dans les rivières et les nappes par de multiples chemins : déchets plastiques qui se fragmentent sous l'effet du soleil et de l'eau, fibres synthétiques relâchées par le lavage des vêtements, particules d'usure des pneus emportées par la pluie, rejets des stations d'épuration, dépôts atmosphériques. Une fois dans l'eau, une partie est retenue par les traitements de potabilisation, en particulier la filtration et la décantation. D'autres particules peuvent s'ajouter après le traitement, au contact de certains matériaux, ou au moment de la consommation : bouteilles, bouchons, gobelets et contenants en plastique.
Comment réduire son exposition au quotidien ?
L'eau n'est qu'une source parmi d'autres : l'alimentation et l'air intérieur, notamment les poussières, en apportent aussi. Quelques gestes simples limitent l'exposition de toute la famille :
- éviter de chauffer des aliments ou des liquides dans des contenants en plastique, au micro-ondes comme à la bouilloire, et préférer le verre, l'inox ou la céramique ;
- pour les biberons, suivre les recommandations de préparation et privilégier les biberons en verre si possible, des travaux de recherche ayant montré que certains biberons en plastique libèrent des particules lorsqu'ils sont chauffés ;
- aérer chaque jour et dépoussiérer régulièrement, une part des microplastiques étant présente dans les poussières de la maison ;
- boire l'eau du robinet dans un verre plutôt que des bouteilles en plastique.
Pourquoi est-il si difficile de mesurer les microplastiques ?
Parce qu'il ne s'agit pas d'une substance unique, mais d'un mélange de particules de tailles, de formes et de matériaux très différents. Les mesurer suppose de prélever l'eau sans la contaminer, ce qui est délicat puisque le plastique est partout, y compris dans le matériel de laboratoire et l'air, puis d'identifier chaque particule par des techniques spécialisées, comme la spectroscopie infrarouge ou Raman. Pour les plus petites, et surtout pour les nanoplastiques, les méthodes sont encore en développement. C'est pourquoi les chiffres publiés varient tant d'une étude à l'autre, et pourquoi l'Union européenne a commencé par harmoniser la méthode avant de fixer d'éventuels seuils.
Que reste-t-il à découvrir ?
Les principales questions ouvertes portent sur les plus petites particules, capables de traverser certaines barrières de l'organisme, sur les substances chimiques associées aux plastiques (additifs, polluants qui s'y fixent) et sur les effets d'une exposition prolongée. Les études se multiplient, et les agences sanitaires réévalueront le risque à mesure que les données deviendront plus fiables. En attendant, les gestes de réduction de l'exposition présentés plus haut sont simples, peu coûteux et utiles quelle que soit l'issue de ces travaux.
Faut-il s'inquiéter pour les enfants ?
Les enfants boivent et mangent davantage que les adultes rapportés à leur poids, et les tout-petits portent souvent les objets et les mains à la bouche, ce qui les expose aussi aux poussières de la maison. Les données manquent encore pour évaluer précisément le risque, mais les gestes de précaution sont simples et sans inconvénient : ne pas chauffer les biberons et les repas dans du plastique, privilégier la vaisselle en verre ou en inox, aérer et dépoussiérer régulièrement les pièces où jouent les enfants. Pour toute question sur l'alimentation de votre enfant, votre pédiatre reste le bon interlocuteur.
Que va-t-il se passer au niveau européen ?
La méthode commune adoptée en 2024 doit permettre aux États membres de mesurer les microplastiques dans l'eau potable de façon comparable. Les résultats de cette surveillance alimenteront la liste de vigilance prévue par la directive sur l'eau potable, qui sert à suivre les substances préoccupantes avant de décider s'il faut fixer des valeurs limites. Parallèlement, l'Union européenne agit à la source : restriction des microplastiques ajoutés intentionnellement dans certains produits, mesures sur les granulés plastiques industriels et réduction des déchets d'emballages. Comme pour d'autres polluants, réduire ce qui entre dans l'environnement reste le levier le plus efficace à long terme.
Bouilloire, gourde, carafe : quels matériaux privilégier ?
Pour l'eau que vous buvez chaque jour, privilégiez les matériaux qui ne libèrent pas de particules de plastique : le verre pour les carafes et les biberons, l'inox pour les bouilloires et les gourdes, la céramique pour les tasses. Une bouilloire en plastique, chauffée plusieurs fois par jour, est l'un des objets du quotidien les plus souvent pointés par les études récentes. Si vous utilisez une carafe filtrante, choisissez de préférence un modèle dont le réservoir est en verre, et respectez le calendrier de remplacement des cartouches.
Et les microplastiques dans l'alimentation ?
L'eau n'est pas la seule voie d'exposition : des microplastiques ont aussi été détectés dans plusieurs aliments, notamment les produits de la mer, le sel et certains aliments transformés, ainsi que dans l'air intérieur. Les sources d'exposition sont donc multiples, et l'eau du robinet n'est probablement pas la principale. Varier son alimentation, limiter les aliments conditionnés et réchauffés dans du plastique, et cuisiner dans des ustensiles en inox, en fonte ou en verre sont des gestes cohérents avec ceux proposés pour l'eau. Aucune de ces mesures ne demande de changer radicalement ses habitudes : il s'agit surtout de remplacer progressivement les contenants en plastique utilisés à chaud.
Quelles erreurs éviter ?
- Passer à l'eau en bouteille par précaution : elle contient aussi des microplastiques et multiplie les déchets.
- Croire les chiffres spectaculaires sans recul : les méthodes de mesure ne sont harmonisées que depuis peu.
- Chauffer des aliments ou des biberons dans des contenants en plastique : la chaleur favorise la libération de particules ; préférez le verre ou l'inox.
- Négliger l'entretien d'un filtre : un filtre encrassé retient moins bien les particules.
Sources
- OMS — Microplastics in drinking-water (rapport 2019) ↗
- Décision déléguée (UE) 2024/1441 établissant une méthode de mesure des microplastiques dans l'eau destinée à la consommation humaine (EUR-Lex) ↗
- Directive (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (EUR-Lex) ↗
Comment traiter ce problème ?
L'osmoseur inverse est la technologie la plus poussée pour traiter l'eau du robinet : il retient une très large part des polluants dissous, y compris certains que les carafes ne filtrent pas. Nous comparons les modèles selon leur taux de rejet, leur débit et leur coût d'installation et d'entretien.
Voir notre comparatif osmoseursQuestions fréquentes
Oui, des microplastiques ont été détectés dans des eaux du robinet comme dans des eaux en bouteille. Les quantités varient beaucoup d'une étude à l'autre, car les méthodes de mesure n'ont été harmonisées en Europe qu'en 2024.
L'OMS a conclu en 2019 qu'ils ne semblent pas présenter de risque pour la santé aux niveaux observés dans l'eau potable, tout en soulignant le manque de données, notamment sur les plus petites particules. La recherche se poursuit et l'évaluation pourra évoluer.
Non, pas encore. L'Union européenne a adopté en mars 2024 une méthode commune de mesure pour préparer leur surveillance dans l'eau potable, mais aucune valeur limite contraignante n'est fixée à ce jour.
Rien ne permet de l'affirmer : des microplastiques ont aussi été trouvés dans l'eau en bouteille, dont une partie pourrait provenir de l'emballage. Ce n'est donc pas une solution évidente.
L'osmose inverse est la technique domestique la plus efficace, y compris sur les très petites particules. Les filtres plus grossiers retiennent surtout les plus grosses particules. Vérifiez toujours les données d'essai du fabricant.
Plusieurs études ont montré que des contenants en plastique chauffés, comme certains biberons ou bouilloires, peuvent libérer des particules dans l'eau. Les quantités et leurs effets restent mal connus, mais privilégier une bouilloire en inox ou en verre est une précaution simple et sans inconvénient.
Elle peut retenir une partie des plus grosses particules, selon la finesse de son filtre, mais elle n'est pas conçue d'abord pour cela. L'osmose inverse est la technique domestique la plus efficace sur les très petites particules. Vérifiez les données d'essai publiées par le fabricant et préférez un modèle dont le réservoir est en verre.
On ne sait pas encore le dire avec certitude. Leur très petite taille pourrait leur permettre de traverser plus facilement certaines barrières de l'organisme, mais les méthodes pour les mesurer sont encore en développement et les données sur leurs effets restent limitées. C'est l'un des principaux sujets de recherche actuels.
Des travaux de recherche récents suggèrent que faire bouillir une eau calcaire puis la filtrer pourrait piéger une partie des microplastiques dans le tartre formé, mais ces résultats restent à confirmer et ne constituent pas une recommandation officielle. Les gestes les plus sûrs restent d'éviter de chauffer l'eau dans du plastique et de privilégier des contenants en verre ou en inox.
Pas encore de façon systématique avec une valeur limite. L'Union européenne a adopté une méthode commune de mesure en 2024 afin de préparer leur surveillance dans l'eau potable, mais aucune limite réglementaire ne s'applique à ce jour. Les résultats publiés pour votre commune ne comportent donc généralement pas de ligne consacrée aux microplastiques.